Brebis

Pour peu que la lumière soit un peu rasante, la photographie est vite jolie sur les manex à tête rousse ou à tête noire (prononcer manèche) qui pâturent sur l’herbe verte des coteaux. L’été, elles sont en liberté sur les estives, on les croise partout au pays basque, entrant de fait dans le cadre des photos paysagères et dans le paysage mental de chacun. Derrière la carte postale, les éleveurs entretiennent patiemment leur cheptel pour produire, avec les fromagers et les affineurs, un fromage merveilleux. Assurément, l’éleveur et son troupeau de manex appartiennent à l’identité basque. Cependant les Basques ont une façon très différente de s’occuper de la race bovine. Là, ils s’habillent d’un pantalon blanc et d’un boléro brodé très voyant et jouent avec les vaches. Alors ils font des écarts quand l’animal leur fonce dessus, ils sautent comme-ça ou comme-ci, forcément l’animal s’énerve, la tension monte et le public est ravi. Ca a l’air vachement dangereux et on se dit qu’il faut beaucoup de courage à celui qui affronte l’animal. A Bayonne aussi, pendant les fêtes, on joue avec la vache. Le festayre en pantalon blanc mais sans boléro laisse parfois la vache gagner, le Basque est très sport. C’est plus inégal et plus saignant aux arènes : devant 9000 personnes, on a compté 6 à zéro pour le couple humain-cheval face aux taureaux. Le spectacle est sublime autant que barbare, il renvoie aux racines de nos angoisses archaïques, à l’heure où l’homme affrontait l’animal pour survivre. Une lutte préhistorique en habit de lumière.

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