Aldudars

C’est un comice agricole que l’on croirait échappé d’un autre âge. Des centaines d’hommes et de bêtes se rassemblent dans le village des Aldudes. Toute la vallée se donne rendez-vous pour célébrer l’économie agro-pastorale de ce fond de pays basque. Ils se sont levés tôt, de Banca, des Aldudes et d’Urepel pour se retrouver avec leurs manex à têtes noires ou rousses, leurs pottoks ou leurs blondes d’aquitaine au pied de l’église des Aldudes. Bien sûr il y a le concours et ceux qui seront honorés, pourtant, l’essentiel n’est pas là. On se retrouve, on échange, on rigole, avant de se rassembler autour d’immenses tablées où toutes les générations communient ensemble. Temps fort d’une sociabilité rurale vivante, les portes ouvertes de la vallée incarnent bien l’esprit communautaire qui fait battre le cœur du pays basque. Mais il n’y a là rien de nouveau et on se dit que ces portraits pourraient dater des années cinquante voire de l’entre-deux-guerres et qu’ils sont aujourd’hui l’image d’Epinal d’un monde paysan en train de disparaître. Loin de là ! La plupart des éleveurs sont jeunes, beaucoup ont moins de trente ans et ils prennent la relève : la vallée des Aldudes est pleine de dynamisme, on y ouvre des crèches, on inaugure une nouvelle coopérative fromagère, on relance le porc basque derrière Pierre Oteiza, artisan de ce renouveau. Aussi, ces portraits d’Aldudars, tantôt graves ou enjoués, ne sont pas empreints d’une nostalgie qui serait hors-sujet. Les hommes sont vrais, rudes et beaux. Ils sont sans artifice et plein d’humanité, fiers de leur identité et heureux de la faire partager.